kiosqueAu regard des annonces faites par Mark Zuckerberg à la conférence Facebook F8 hier, une chose se dégage clairement : la presse ne peut plus ignorer l’impact et l’audience de Facebook. Alors que les éditeurs de presse continuent à s’acharner sur Google, le rendant responsable de tous leurs maux, ils feraient bien de se soucier tout autant, si ce n’est plus, de Facebook.

Qu’ils le reconnaissent ou pas, les journaux perdent de leur pertinence quand il s’agit de jouer sur la dimension communautaire face aux sites de networking social. Or cette dimension communautaire est de plus en plus importante, et du point de vue de l’information, dépasse de loin tout le reste en terme de pertinence du ciblage, d’attention portée par le lecteur sur l’information et de dissémination de celle-ci.

Pourtant, derrière ce que beaucoup perçoivent comme une nouvelle menace, se cache une mine d’opportunités pour les éditeurs de presse qui pourrait leur permettre de trouver de nouveaux lecteurs.

La domination de Facebook s’est faite a une vitesse incroyable et ne montre aucun signe de relachement (Facebook devrait atteindre un demi milliard de membres d’ici à la fin de cette année). C’est aujourd’hui le premier site aux Etats Unis, et il se classe parmi les sites les plus populaires dans la plupart des pays occidentaux. Le site est passé en quelques années d’un projet d’étudiant à l’un des plus grands acteurs du web mondial.

A regarder les chiffres de près, Facebook touche aujourd’hui plus de personnes que ne le fait le réseau de distribution de la presse, et ce en France comme aux USA. Avec l’arrivée du bouton ‘Like’ qui va se retrouver sous peu partout sur le web et disséminer Facebook sur l’ensemble des sites internet de la planète, tout comme la ‘social bar’ et leur nouvelle API, Facebook met désormais toutes ses forces dans la balance pour redéfinir la façon dont nous interagissons avec le web dans son ensemble. Depuis Google qui a redéfini l’intermédiation de l’information au début des années 2000, c’est probablement le phénomène le plus important qui ai touché l’écosystème de l’information.

Alors, que signifie tout cela pour les éditeurs de presse et l’édition dans son ensemble ? Quelques points sont particulièrement importants :

  • Facebook est désormais un menace crédible pour Google. Il a réussit cela en changeant l’enjeu autour de l’information, la faisant passer de l’époque de la pertinence en terme de recherche à celle de la pertinence dans un contexte social individualisé. Ceci n’était pas faisable avec 40 millions d’utilisateurs, mais avec 400 millions, c’est particulièrement pertinent. Facebook a comme ambition de devenir le premier endroit visité par les internautes lorsqu’il se connectent à internet le matin, et tout montre qu’ils sont bien parti pour réussir ce pari. Le site est le leader mondial en terme de pages vues par utilisateurs et de temps passé sur le site à interagir.
  • Facebook tente de devenir pervasif sur l’ensemble du web, avec leurs dernières annonces et la facilité d’intégration des fonctionnalités qu’ils proposent, bientôt, vous trouverez Facebook partout lors de vos navigations habituelles. A titre d’exemple, RWW France à mis en place trois widgets Facebook, l’un pour la ‘fan page’ en haut à droite, et deux pour l’activité des lecteurs et les recommandation en bas à droite, ceci n’a pris que dix minutes. avec un peu de développements, on pourrait imaginer regrouper les lecteurs par centres d’intérêts identifiés sur RWW en croisant cela avec leurs connections sociales sur Facebook. Au passage, si un dev parmi nos lecteurs veut se servir de RWW comme bas à sable, nous sommes ouvert à toutes propositions.
  • Facebook est un concurrent redoutable pour ce qui est de retenir l’attention dans un contexte local. Une minute passée sur Facebook est une minute qui ne sera pas passée sur un autre site web. Facebook deviendra de plus en plus intéressant au fur et à mesure qu’ils agrégeront des données sur ce que ses utilisateurs font et sur la façon dont ils réagissent au web dans son ensemble. Dès lors, il n’est plus suffisant pour les sites web de construire de bon sites web, ils doivent mettre en place des contenus destinés à apparaitre et à être disséminés sur Facebook, et prévus pour créer de la valeur sur leur titre. Ce n’est pas infaisable, mais cela relève d’un changement radical des priorités.

Tout cela impacte lourdement la capacité qu’a un contenu de presse d’être découvert, et la façon dont il peut être monétisé. Ceux qui arriveront a devenir viraux au sein de Facebook avec leurs contenus connaitront une croissance rapide. De la même façon, ceux qui négligeront cet aspect déclineront au fur et à mesure que Facebook prendra de l’ampleur. Une compréhension en profondeur des média sociaux est indispensable pour les éditeurs s’ils souhaitent moderniser leurs journaux et s’il veulent survivre à la crise qu’ils traversent. C’est désormais une compétence centrale pour tout éditeur, et il est urgent de staffer.

Hier, le Washington Post annonçait leur initiative “Network News”, qui intègre Facebook au site du journal. L’intégration par le Post des activités de ses lecteurs et de leurs amis sur Facebook crée une valeur ajoutée immédiate en terme de pertinence sociale du média, de proximité, et de sentiment communautaire lié au média. A coté, les efforts du New York Times qui a créé son propre réseau social, TimesPeople Network semblent insulaires et promis à un échec certain.

Plus important encore, les possibilités offertes par les toutes dernières technologies proposées par Facebook ont un potentiel énorme pour la presse d’information locale. La pertinence est une caractéristique partagée entre ce type de presse et les réseaux sociaux, et Facebook offre à ces titres une audience sur mesure déjà connectée à des problématiques locales. La presse locale et régionale doit de toutes urgence se rendre compte du potentiel de Facebook car c’est là que leurs lecteurs se retrouve pour trouver, partager et échanger autour de sujet locaux. ce potentiel est encore plus grand, au passage, pour l’information politique (et les politiques dans leur ensemble), notamment quand il s’agira de mobiliser sur des enjeux locaux (régionales, municipales, etc). Un site de mobilisation comme Lescreateursdepossible (et même la Coopol dans une bien moindre mesure) deviennent, face au nouveau Facebook, totalement désuets.

Les journaux n’ont plus besoin de developpeurs web traditionnels, ils ont désormais besoin de developpeurs Facebook (et de community managers), ainsi que d’experts qui peuvent travailler avec leurs services marketing afin d’imaginer et de créer des expériences uniques et de tirer parti des possibilités du Social Graph.

D’ici peu de temps, beaucoup d’éditeurs de presse se mettront à taper sur Facebook en le rendant responsable de leurs déboires, tout comme ils le font aujourd’hui avec Google, mais il y a fort à parier que certains industriels du contenus sauront tirer parti des opportunités offertes par Facebook pour se développer et devenir demain des acteurs de poids. Facebook est bien parti pour redéfinir plus encore que Google l’écosystème de l’information.

(billet écrit par Chris Treadaway, image remixé sur la base d’une photo CC-by de igorzoid)

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