Mots-clefs

, ,

Bourgogne

Jean-Marie Bourgogne est Chargé de mission Montpellier Territoire numérique à la Ville de Montpellier. Il a bien voulu répondre à quelques questions pour se présenter et présenter le projet.

Jean-Marie, tu es à Montpellier depuis peu, que faisais-tu auparavant ?
Depuis 2007 je travaille à la Fing (Fondation pour l’internet nouvelle génération) à Paris puis à Aix-en-Provence, comme secrétaire général. Je suis venu au monde associatif par conviction, après avoir fait les débuts de ma vie professionnelle comme ingénieur dans une SSII. Ma rencontre avec la Fing est arrivée à un moment où je doutais de l’intérêt de mon activité, et elle correspondait à mes attentes : travailler dans le monde associatif, urbain et numérique pour l’innovation et la prospective. J’aime la liberté de pensée qui anime ce collectif, intellectuel au sens positif de l’exigence.

Comment la transition s’est faite avec ta mission actuelle ?
C’est une continuité naturelle de mon activité à la Fing. D’ailleurs je suis toujours en lien étroit avec l’équipe du think tank de la Fondation. La mission à la Ville de Montpellier est un peu une spin-off de la Fing. En tant que consultant je participe à présent d’une manière différente en alimentant les projets de la Fondation qui a besoin de retours du terrain. En échange je m’appuie sur elle et la vision prospective qu’elle développe pour garder une dynamique, un horizon et également me tenir informé des autres projets : Rennes, Aix-en-Provence, Bordeaux.

Comment définirais-tu le projet montpelliérain ?
Je le résume avec 5 mots clés : innovation, sociale, urbaine, numérique, ouverte. Il s’agit d’offrir des services pratiques et utiles réalisés par et pour les citoyens, dans les domaines par exemple de la mobilité, du lien entre les individus, de l’intelligence collective, etc. Nous vivons dans un environnement dense, maillé ; la cité est un lieu complexe où il est significatif de recréer de l’intimité, de la solidarité, etc.

Peux-tu nous préciser l’ambition de « Montpellier Territoire Numérique » ?
Il s’agit de proposer une transformation urbaine et sociale de la cité : l’entraide générationnelle, le soutien aux moins fortunés, la formation permanente, l’évolution politique-administré sur un mode plus transparent, révéler la biodiversité, etc. Cela peut être résumé ainsi : Comment le numérique peut aider le citoyen ? Pour cela des ateliers seront proposés afin d’imaginer ensemble, de donner les moyens à chacun de s’exprimer, et des leviers d’action.

Et où en est-on ?
J’ai commencé à y travailler depuis le printemps 2010 et je suis à Montpellier au sein de la mairie depuis cet été. Depuis 3 mois j’ai rencontré de nombreux acteurs du monde économique, social, de l’éducation, etc. et le 16 décembre nous présentons publiquement le projet. L’objectif est de permettre le développement d’applications et d’usages au plus proche des attentes et besoins des citoyens.

Est-ce qu’une telle ambition n’est pas un peu angélique et ne risque pas de rester au stade des « bonnes intentions » ?
C’est vrai que nous ne sommes pas sûrs du résultat. Il ne faut pas nous éloigner des fondamentaux. Il s’agit avant tout d’un projet collectif et participatif, qui doit permettre de donner les informations, d’ouvrir la connaissance au plus grand nombre pour permettre aux habitants de proposer les services dont ils ont besoin. Nous connaissons les facteurs clés de succès ailleurs, à nous de les faire émerger ici. A Rennes par exemple, le projet est lancé grâce à une culture d’entrepreneuriat collectif ancrée depuis de nombreuses années, le pilotage par un leader technologique, un portage politique fort.
Le défi c’est aussi de savoir si ce projet peut devenir réellement démocratique, ou risque de ne rester l’outil de quelques passionnés de nouvelles technologies, quelques militants. Il faudra travailler à faire sentir aux gens qu’ils sont invités, et pour cela imaginer travailler en réseau avec les associations, faire des forums citoyens.

Concrètement quelles expériences faites ailleurs inspirent ton travail ?
Les initiatives sont souvent au départ portées par des militants, par le monde associatif, comme on l’a vu pour peuplades (NDLR : site web de mise en relation entre voisins par quartier, au travers d’échanges de services et de partage d’informations). A Paris, la possibilité d’ouvrir les données à tous (opendata) est devenue populaire quand un hacker s’est introduit dans le système de gestion informatique des Vélib de JC Decaux. L’accès à ces données a permis de donner une indication sur l’état des stations de Vélib et de trouver rapidement un vélo ou une station libre. Ce service a démultiplié l’utilisation du Vélib eu delà du public des touristes, pour intéresser les parisiens dans leurs déplacements quotidiens.
Autre exemple à Rennes, l’agglomération a décidé d’ouvrir les données publiques de son réseau de transport et de faire un appel à projet auprès des développeurs et des entreprises. L’idée : proposer aux différents acteurs de concourir la création d’applications et de nouveaux services utiles à tous. On attend le printemps 2011 pour connaître le résultat ; un montant de 50.000 euros sera redistribué aux lauréats.

A Montpellier quels types d’acteurs pourraient participer à un appel à projet ?
J’ai rencontré des structures associatives comme des entreprises ou des acteurs publics. Parmi les entreprises, quelques unes voient le projet uniquement comme un marché immédiat à apporter à la Ville pour gérer les données ouvertes. Mais la majorité est soit intéressée par la possibilité d’affuter leur service grâce à l’expérimentation, soit imagine les possibilités qu’elles vont avoir de se faire aider par des compétences externes pour concevoir leurs futurs développements.

Quel autre levier que l’opendata vois-tu pour faire exister « Montpellier Territoire Numérique » ?
L’opendata est un outil auquel nous formerons les porteurs de projets en leur permettant d’apprendre à faire des services. A côté de cela, il y aura l’installation d’espaces interactifs publics, comme des téléphones tactiles géants, pour mettre des écrans dans la ville. On imagine que des applications de tous types pourront y figurer, et pas seulement des données. Nous souhaitons développer une plate-forme fédératrice de contenu, nous permettant de labéliser des services.  Enfin, nous imaginons la création d’un tiers-lieu, un lieu de partage, de rencontre, de communication comme peut l’être La Cantine à Paris ou à Rennes, où les personnes en mobilité peuvent venir travailler, en échangeant sur leurs projets.

Publicités