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La conférence de la Social Media Week Paris sur la curation aura lieu lundi au Conseil Régional d’Ile-de-France. J’y serai parce que la curation touche à la fois aux métiers de l’entreprise, ceux des médias et touche aux individus. Ayant travaillé depuis 10 ans dans les relations presse et le web, j’y vois un prolongement naturel de mes activités. Une façon de promouvoir des contenus, de les diffuser à travers d’autres intermédiaires. Des intermédiaires humains et non des moteurs, au même titre que les blogueurs ou les journalistes, viennent affiner et apporter un angle, du contexte, de l’analyse à la sélection proposée – justement en première instance – par des moteurs.

Le curateur n’a pas une seule définition. Aujourd’hui il n’existe pas encore formellement ce type de poste dans les enteprises. Pourtant certains l’exercent déjà en partie. En fonction de la structure pour laquelle il travaille ou même s’il le fait à titre personnel le curateur recherche, trie, analyse, éditorialise et diffuse. Mon sentiment est que l’importance de ce nouveau métier vient de la surabondance d’informations qu’engendrent le web social (et sa conséquence l’UGC) et le web temps réel (et sa conséquence la volatilité). Pour ma part, je le rapprocherai volontiers du travail de revue de presse, mais pas uniquement.

De la même manière que tous les internautes ne sont pas blogueurs, ou que tous ne commentent pas, tous ne seront pas curators. En revanche, nous avons tous besoin de solutions pour nous aider à gagner du temps pour trouver les informations qui nous intéressent. Donc l’adoption de la curation dépend de la valeur qu’elle permettra de dégager pour l’utilisateur final, mais aussi pour le curator.

 

La curation pour l’individu

Outil de notoriété et de e-réputation, la curation à l’échelle de l’individu pourrait se résumer par « je diffuse donc je suis ». Défini par les contenus qu’il partage, le curator utilise son activité comme outil de promotion personnelle. Même si la finalité n’est pas consciente dès le début de sa démarche, la transmission d’informations recherchées, triées, etc. permet au curator d’acquérir une image positive et d’expertise auprès de ses lecteurs. Elle est donc un levier pour travailler sa marque personnelle.
Mais cela peut être un miroir déformant. Dans la rapidité de consommation d’informations dans laquelle nous nous trouvons, nous pouvons confondre « message » et « messager ». Pour pondérer cet effet, certains ont évoqué la nécessité de lier les espaces de curation avec les autres profils du curator, pour connaître ses compétences et sa légitimité.

On a vu l’exemple du Drudge Report et de sa version française « Le Focus » créé par Eric Dupin ; on voit également des comptes twitter uniquement dédiés à cette activité comme Jean-Luc Raymond

Lefocus

 

La curation pour l’entreprise

Pour l’entreprise, la curation est un moyen à la fois supplémentaire pour réaliser le marketing de ses informations en tant qu’éditeur et un moyen de se placer parmi les prescripteurs sur un thème pour lequel elle est légitime, en exerçant un travail de curation.
Pour l’entreprise éditrice c’est donc un nouveau canal à utiliser dans son mix marketing et dans ses RP 2.0, comme une nouvelle caisse de résonnance.
En complémentarité, devenir elle-même curateur sur des thèmes choisis permet à l’entreprise d’offrir un service supplémentaire à son lectorat, celui de la selection pertinente des bonnes sources documentaires, complémentaires, de référence, valorisant les signaux faibles, etc.

Un outil comme scoopit qui ouvre la curation à tous a été utilisé récemment par des entreprises événementtielles : pour le salon Le Web 2010 et en ce moment à une autre échelle, pour le salon français du e-tourisme Voyage en multimédia.

 

Vem-scoopit

 

La curation pour les médias

Pour les médias, le marketing de l’information est comme pour l’entreprise une valeur évidente.
Mais au-delà, la curation exercée par un média représente une étape de plus dans le processus d’éditorialisation. Comme dans une revue de presse, le journaliste raconte suivant l’angle choisit de nouvelles histoires, en proposant une scénarisation des articles qu’il assemble. La valeur tient au choix des articles mis en lumière,  à la contextualisation, au commentaire etc. Il existe plusieurs niveau de curation avec des degrés différents d’automatisation et de ré-éditorialisation des contenus sources. Le modèle d’OWNI qui republie des articles de blogueurs ; le blog-runner du New York Times,

Blog-runner-nyt

Récemment, dès les premiers jours du soulèvement en Egypte on a également vu de nouvelles valeurs se créer grâce à la curation. Des journalistes et non journalistes on recencé et listé des tweets en anglais et en arabe qui étaient traduits dans les deux langues afin de permettre à tous de comprendre les messages envoyés de part et d’autre de la planète.
C’est avant tout la dimension collective de la curation qui a été la clé de cette intéressante initiative.

Journalisme-collectif-traduc

 

La hiérarchisation ne sera pas suffisante

Mais pour être lu, le résultat de l’aggrégation « humaine » des contenus doit également trouver des leviers nouveaux de diffusion adaptés. Car si la curation cherche à être une réponse au volume d’information, l’assistance apportée à la hiérarchisation des contenus n’est pas suffisante. Il reste que – même triés – les contenus sont de plus en plus nombreux et le temps disponible pour cette lecture sur internet de plus en plus morcelé, la consultation de plus en plus rapide.

Le succès de ce nouveau canal de diffusion réside donc dans sa capacité à trouver des formats de consultation innovants, des modes de visualisation nouveaux qui seront parfois offerts par les outils de curation eux-mêmes présents sur le marché (maquette, ergonomie), qui souvent demanderont aux curators de proposer de nouveaux contenus plus courts (mais pas réducteurs), plus illustrés, etc.

 

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